Vickers WELLINGTON Mk X (HF601 - code HD-?)
Plage du Porzliogan, Le Conquet (29)
(contributeurs : Daniel Dahiot, Philippe Dufrasne, Jean-Pierre Clochon, Thierry Grier)

Vickers Wellington Mk X. © IWM (HU 93004)
Equipage (No. 466 Squadron RAAF)
- Wing Commander (pilote) John Jervis OWEN, (No. 4 Group Unit, matricule 26062, Citation militaire, RAF VR) 35 ans, tué.

photo site World War Two Cemeteries - Thierry Grier
Fils de John Alexander et Dora Sophia Owen (née Jervis), mari de Rosemary Valerie Owen, de Feniton, Devon (Angleterre).
Cimetière communal Le Conquet, tombe 4
- Flying Officer (navigateur) Hegbert Horace SWAIN (No. 196 Sqn, matricule 119477, RAF VR), 32 ans, tué.
Fils de Walter Egbert et Gladys Isabel Swain, Walthamstow, Essex (Angleterre)
Cimetière communal Le Conquet, tombes 1 à 3
- Flying Officer (bombardier) Frank DARBYSHIRE, (No. 196 Sqn, matricule 126819, RAFVR), 21 ans, tué.
Fils de George et Nora Darbyshire de Wath, Ripon, Yorkshire (Angleterre).
Runnymede Memorial, panneau 124 (Angleterre)
- Pilot Officer (opérateur radio, mitrailleur) Albert Morgan LONG, (No. 196 Sqn, matricule J/17237, RCAF), 24 ans, tué.

photo site Aircrew Remembered
Né le 20 août 1918 à Disley, Saskatchewan (Canada)
Fils d'Albert James et Miriam Long, de Prince Albert, Saskatchewan (Canada).
Cimetière communal Le Conquet, tombes 1 à 3
- Pilot Officer (mitrailleur) John Frederick " Johnny " RAY, (No. 196 Sqn, matricule 145801, RAFVR), 22 ans, tué.
Fils de Samuel et Daisy Florence Ray, de Brockley, Londres (Angleterre)
Cimetière communal Le Conquet, tombes 1 à 3
Remerciements : l'ABSA 39-45 remercie chaleureusement Monsieur Jean-Pierre Clochon, historien du Conquet, pour nous avoir autoriser à reprendre les informations de son blog (lien vers ce blog).
L'HISTOIRE
Le registe d'opérations du 466e Squadron de la R.A.F, rapporte que le 5 juillet 1943, huit bombardiers britanniques Wellington Mk X décollent entre 22h05 et 22h11 de la base de RAF Leconfield (Yorkshire Est), pour aller mouiller des mines au large de la pointe du Toulinguet (extrémité de la presqu'île de Crozon, Finistère). Le Wellington Mk X est un bombardier standard, équipé de deux moteurs Hercules de 1 675cv chacun, doté d'une vitesse maximale de 483 km/h, son autonomie est d'environ 3 000 km pour un plafond de 6 710 mètres. Il peut emporter 2 250 kg de bombes, son armement consiste en 4 mitrailleuses.
Cette nuit-là, la visibilité est bonne, environ 25 km, les côtes françaises parfaitements identifiées, le groupe de bombardiers largue ses mines à la position prévue entre 1h17 et 1h27 puis fait demi-tour pour regagner l'Angleterre. 7 avions rentrent sans problèmes à Leconfield (75 km à l'est de Leeds), le 8e est porté manquant.
Pourquoi cet avion, venant du Toulinguet ou des environs est-il venu se poser sur l'eau et sombrer à Porsliogan, après avoir survolé Lochrist à très basse altitude ? Nous n'avons pas de réponse à cette question. Avion touché par la DCA du côté de Camaret, avaries de moteurs, erreurs de navigation, l'ayant amené au-dessus des DCA vers Berheaume, puis au-dessus de Kéringar ?
TEMOIGNAGES
(recueillis en 1990 et 1994)
Un habitant de Lochrist, rapporte avoir été réveillé par des tirs de DCA et un bruit de moteurs d'avion volant très bas, le 6 juillet vers 1h30 du matin. S'étant levé, il dit avoir vu un appareil pris dans des faisceaux de projecteurs, être touché de plein fouet par des tirs allemands et s'abattre dans la mer.
Joseph Floc'h : " j'ai entendu un avion passer très bas au-dessus de chez moi à Lochrist, puis plus rien, le bruit de moteur s'était arrêté... Le lendemain, je suis allé à la grève de Porsliogan par le petit chemin du Bilou. Dans la crique au nord de Porsliogan, là ou arrive le ruisseau, il y avait un canot en caoutchouc, orange, avec autour un liquide jaune orange [liquide fluorescent utilisé pour se faire repérer en cas de naufrage au large]. On m'a dit alors, mais je n'ai rien vu, que le seul homme vêtu d'une combinaison d'aviateur s'était tué en tombant de la falaise qu'il essayait d'escalader. Les autres étaient en tricots et caleçons, ils avaient été provisoirement enterrés dans le sable. J'ai vu quelques jours plus tard le train d'atterrissage de l'avion exposé par les Allemands à l'entrée de la cour de l'école Dom Michel ".
Jean Le Bris, parlant des trois aviateurs en sous-vêtements : " Hervé Cléach (menuisier à Lochrist) qui les a mis en bière, disait qu'ils avaient été tués par balles. Le quatrième vêtu en aviateur s'était tué en tombant, il avait tenté de monter par le côté droit de la faille, très escarpé, alors que le gauche était en pente douce. De Kérivin, on a vu l'avion passer en feu, puis le bruit de moteur s'est arrêté mais on n'a pas entendu de crash.... par contre on entendait les soldats allemands qui hurlaient. Le lendemain Jean Lucas a remorqué avec son bateau le train d'atterrissage qui flottait, il n'avait qu'un 5/7 cv et n'arrivait pas à gagner la côte. Il a attendu la renverse, mais avec le flot il a failli partir de l'autre côté de Kermorvan, heureusement les vents sont venus nord et il a pu rentrer au port ».
RECONSTITUION DE L'EVENEMENT
Le 6 juillet donc, les Allemands enfouissent 4 corps en haut de grève, dans le sable. On peut, semble-t-il, reconstituer la fin de la mission du bombardier ainsi :
Touché par la D.C.A et/ou suite à des avaries moteurs, il passe très bas au-dessus de Lochrist et continue à perdre de l'altitude tout en restant parfaitement horizontal. Les aviateurs savent que dans quelques minutes tout au plus, l'avion va se poser sur l'eau et que le rivage est proche. Il va falloir s'y rendre : soit avec le radeau en caoutchouc, soit à la nage. Trois hommes se déshabillent, le quatrième (mais peut-être est-ce le pilote toujours aux commandes) reste en combinaison de vol ; on ne sait pas ce que fait le cinquième. L'avion touche l'eau sans violence (pas de crash disent certains témoins). Dans la baie de Porsliogan l'épave est à l'abri des tirs à longue portée des allemands avant l'arrivée d'éléments motorisés munis d'armes légères. Il fait nuit, les quatre ou cinq hommes mettent le radeau à l'eau, et pagayent vers la plage avec l'énergie du désespoir. Avant d'atteindre le bord, ceux qui sont dévêtus se jettent à l'eau et finissent à la nage au moment où les Allemands arrivent par le haut de la plage. Ils font des cibles parfaites et sont abattus dès qu'ils prennent pied sur le sable. Dans leur précipitation les Allemands n'ont pas vu le quatrième qui avait abordé avec le radeau dans la crique au nord. Celui-là, dit-on, s'est tué en tombant de la falaise qu'il essayait d'escalader. Le corps du cinquième homme n'a pas été retrouvé, mais peut-être était-il déjà mort (ou blessé) dans l'avion, touché par la DCA ?
(Certains témoins assurent aujourd'hui que les corps ne portaient pas de traces de balles, ce qui démentirait le scénario imaginé ci-dessus, mais alors comment expliquer l'arrivée groupée des cadavres ? Si les aviateurs s'étaient noyés en quittant l'épave de l'avion, leurs corps entraînés par les courants n'auraient pas étés retrouvés le jour même et sûrement pas à Porsliogan).
Donc les Allemands enfouissent les corps dans le sable ce 6 juillet 1943, et interdisent l'accès de la plage à la population ; sans doute recherchent-ils encore des survivants éventuels. Le train d'atterrissage de l'avion soulevé par ses gros pneus s'arrache de la carlingue et remonte en surface dans la journée. Il sera remorqué au Conquet comme nous l'avons dit plus haut et exposé à la population dans la cour de l'école.
Une interrogation subsiste cependant : si les Allemands ont tiré sur les aviateurs, on peut se poser la question du " pourquoi ? " car à cette époque, il n'était pas dans leurs habitudes d'éliminer des ennemis désarmés, surtout avant de les avoir questionnés.
L'INHUMATION DES AVIATEURS
Le maire de l'époque, Louis Simon, demande aux Allemands l’autorisation d'inhumer les corps des aviateurs alliés au cimetière communal. Comme ils ont abandonné les investigations autour de la grève, ils accordent la permission demandée le 8 juillet au matin. Le maire convoque une équipe pour mener à bien l'opération.
Un feuillet de la mairie (note de frais), précise : " Travaux du 8 juillet 1943. Cercueils et mise en bière à Porsliogan : Hervé Cléach. Transport de Porsliogan à Lochrist : Hervé Lannuzel. Creusement de la fosse : Laurent Ropars ". (Certains témoins affirment que les corps ont été transportés de Porsliogan à Lochrist par le camion de Madame Magueur).
L'inhumation des aviateurs a lieu le 8 juillet 1943 à 14 heures, en présence du maire Simon, du garde-champêtre Pierre Paugam et d'une foule d'habitants qui se recueillent. Mademoiselle Paule Jestin témoigne : « j'étais au cimetière avec bien d'autres Conquétois, la cérémonie de l'enterrement était commencée quand un peloton d'Allemands en armes est arrivé. Nous avons eu très peur, on croyait qu'ils allaient nous fusiller. En fait, ils venaient rendre les honneurs militaires aux aviateurs ».
IDENTIFICATION DES CORPS
Un document de la mairie du Conquet précise :
4 corps ont été inhumés à Lochrist dans 4 tombes différentes en 1943 : deux sont identifiés, J.J. Owens, matricule 26062 et Swain, matricule 119477, les deux autres sont notifiés " inconnus ". Le cimetière de Lochrist abrite toujours les tombes blanches des 4 aviateurs, elles portent les noms de Owen, de Swain, de Long et de Ray. Sans doute les corps ont-ils été exhumés après la guerre pour rendre l'identification possible et déclarer que le corps du disparu était celui du lieutenant Darbyshire.
Le nom du Flying Officer Frank Darbyshire figure au tableau du Runnymede Memorial (Egham, Surrey, Angleterre) suivi de la mention " assumed lost at sea, 6 july 1943 ".
IN MEMORIAM
♦ Stèle érigée en 1993 à la mémoire de l'équipage du Wellington Mk X HF601

Photo collection Jean-Pierre Clochon

Photo collection Jean-Pierre Clochon

Photo collection ABSA 39-45
♦ Plaque mémorielle en hommage à Albert Morgan Long, à Long Bay sur le lac Wildnest, Saskatchewan (Canada)

photo site Aircrew Remembered with courtesy of Tedd Smith
♦ Tombes de 4 des 5 membres de l'équipage au cimetière communal du Conquet (29)

Les tombes des aviateurs SWAIN, LONG, RAY et OWEN
Photo collection Jean-Pierre Clochon

Tombe d'Egbert Horace SWAIN
photo site World War Two Cemeteries - Thierry Grier

Tombe d'Albert Morgan LONG
photo site World War Two Cemeteries - Thierry Grier

Tombe de John Frederick RAY
photo site World War Two Cemeteries - Thierry Grier

Tombe de John Jervis OWEN
photo site World War Two Cemeteries - Thierry Grier
♦ Nom du seul aviateur porté disparu, Frank DARBYSHIRE, au Runnymede Memorial en Angleterre.

Photo collection Jean-Pierre Clochon
♦ Bomber Command Memorial Wall, Nanton, Alberta (Canada)
Sur ce mur figure le nom d'Albert Morgan Long qui appartenait à la RCAF

photo Veterans Affairs Canada with coiurtesy of Marg Liessens
PILOT OFFICER ALBERT MORGAN LONG (RCAF) (source information Veterans Affairs Canada)
Le site " Veterans Affairs Canada " dispose de divers documents relatifs au Pilot Officer Albert Morgan Long qui nous apprennent quelques informations sur la vie du malheureux aviateur. Ces documents sont présentés par ordre chronologique.
♦ Lettre de recommandation de l'employeur d'Albert M. Long (General Automotive Supplies) aux recruteurs de la RCAF
Dans ce document, le manager de Long vante ses qualités d'honneur, de citoyenneté, d'intégrité et de respect.

♦ Attestation de la RCAF
Ce document nous apprend que les parents d'Albert M. Long sont nés dans le Kent, en Angleterre, que Long était de religion Anglicane, et qu'il fut d'abord dans l'infanterie avant de rejoindre la RCAF (il semble qu'il était dans l'infanterie du 19 juillet 1940 au 4 novembre 1940).

document Veterans Affairs Canada
♦ Courrier annonçant la disparition du P/O. Long à ses parents, daté du 18 juillet 1943.
Dans ce courrier, le F/L. Gunn précise que porté disparu ne signifie pas mort ou blessé. Il demande aux parent d'A.M. Long de ne pas divulgué à la presse la date et le lieu du crash ni l'unité de leur fils.

document Veterans Affairs Canada
♦ Certificat de présomption de décès d'Albert Morgan Long, daté du 19 avril 1944.

document Veterans Affairs Canada
♦ Courrier d'Albert James Long, père d'Albert Morgan Long, daté du 11 mai 1944.
Nous apprenons qu'Albert Morgan avait souscrit des polices d'assurances dont ses parents sont bénéficiaires (valeur environ 1000 $).

document Veterans Affairs Canada
♦ Courrier aux parents d'Albert Morgan Long, daté du 21 juin 1948.
Ce courrier confirme la mort de Long. Il informe les parents des conditions de la disparition de l'aviateur et de ses camarades, ainsi que de l'endroit où il est inhumé au Conquet. Nous apprenons que Long est enterré avec le F/O. Swain et le P/O Ray dans les tombes 1 à 3, tandis que le W/Cdr Owen est dans la tombe 4.

ANNEXES
♦ Extrait du document AIR-27-1925-15 (Operational Record Book no 466 Squadron RAF) pour la date du 6 juillet 1943
Ce document indique pour la mission de la nuit du 5 au 6 juillet : " Météo belle et dégagée avec un léger vent d'ouest. Huit avions furent affectés au mouillage de mines à Brest. Tous décollèrent de leur base et sept menèrent à bien leur mission. Le huitième ne revint pas. Le Wing Commander J. Owen, officier détaché du quartier général du groupe, et l'équipage appartenaient au No. 196 Squadron. Par ailleurs, deux avions se rendirent à la base aérienne de Stanton Harcourt pour décoller et mouiller des mines à Saint-Nazaire. L'un acheva la mission, l'autre fut empêché de la mener à bien par un problème technique. La résistance des défenses terrestres à Brest était intense et les équipages eurent des difficultés à localiser précisément les cibles ".

♦ Extrait du document AIR-27-1925-16 (Operational Record Book no 466 Squadron RAF) pour la date du 6 juillet 1943
Ce document donne la liste des 8 avions et des huit équipages. On y voit que les 8 avions décollèrent entre 22h05 et 22h11. Le HF601 décolla en dernier. Les 7 avions qui revinrent de mission arrivèrent entre 4h12 et 4h32 le 6 juillet. On apprend également que l'équipage du HF601 était du No. 196 Squadron de la RAF et que le Wing Commander était du No. 4 Group Unit.


♦ " The London Gazette ", 11 septembre 1934 : publication de la promotion de John Jervis Owen de Flying Officer à Flight Lieutenant au 1er août 1934.
(source " The Gazette ")


♦ " The London Gazette ", 1 juillet 1938 : publication de la promotion de John Jervis Owen de Flight Lieutenant à Squadron Leader au 1er juillet 1938.
(source " The Gazette ")


♦ " The London Gazette ", 10 décembre 1940 : publication de la promotion de John Jervis Owen de Squadron Leader à Wing Commander (temporaire) au 1er décembre 1940.
(source " The Gazette ")


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