11 juillet 1944

Supermarine SPITFIRE Mk Vb
AA973 (code AZ-?)

Saint-Gildas - "Le Tertre de Pempoulezy" (22)

(contributeurs : Philippe Dufrasne, Claude Archambault)


Spitfire mk vb aa973 fargher
© Gaetan Marie

Pilote :


Flight Sergeant Thomas Philip FARGHER
No. 234 (Madras Presidency) Squadron RAF (matricule 184 932) basé à la base RAF Predannack, Cornouillae britannique.

Photo ©Family Fargher

Blason 234 sqn raf

L'HISTOIRE

Saint-Gildas, Côtes d'Armor, arrondissement de Quintin - Le "Tertre de Pempoulezy" (Altitude 286 mètres) - Mardi 11 juillet 1944.
Récit de cette mission. (Rapport d'archives du pilote).
J'ai décollé de l'aérodrome de Predannack à 13 heures 30 en ce mardi 11 juillet 1944 à bord d'un Spitfire Mk Vb pour une mission ''Rhubarb'' (mission sur cibles à l'opportunité) à destination de la Bretagne. Après avoir traversé la Manche, je suis arrivé au niveau de la côte Bretonne prés de Plouescat, dans le Finistère. Passant au dessus d'un poste de tir ennemi, mon avion a été frappé par des obus. Par la suite je me suis rendu compte que ces obus avaient endommagé gravement mon Spitfire. Je n'arrivais plus à le diriger. Il avait prit une trajectoire vers l'Est. Mon avion n'étant plus en état de voler, j'ai dû m'éjecter à 14 heures 30 à l'ouest de Saint Bihy. J'ai atterri dans un champ. Aussitôt arrivé au sol, je me suis occupé à cacher mon parachute ainsi que ma mae west (bouée de sauvetage que j'avais autour du cou) sous des buissons. Des jeunes gens sont venus vers moi pour m'aider.


Extrait de l'ORB du no 234 SQN signalant la perte du F/S Fargher le 11 juillet 1944
© The National Archives 

Aidé par les Résistants
Le sergent Fargher fut pris en charge par les résistants du maquis de Saint Conan-Coat Mallouen dit de Plesidy. Maquis très actif dans la lutte contre l'occupant. Le pilote Anglais, fut dirigé vers les membres du réseau d'évasion Shelburn de Plouha. C'est au cours de la mission Crozier II qu'il put embarquer à bord de la vedette rapide Anglaise MGB 503 (Motor's Gun Boat 503) à 1h30 du matin, le lundi 24 juillet 1944, en direction du port de Dartmouth dans le Devon, port de la côte sud ouest de l'Angleterre. Avec lui, sur le bateau, le Major William Anderson Jones (tombé sur Pordic le 24 mai 1944). 2 SAS, le Major Oswald Cary-Elwes et le caporal Erik Mills. Un officier de liaison SAS le Squadron Leader Pyh Smith. Il y avait également à bord un des membres actif du réseau Shelburn, monsieur Jean Gicquel. La MGB 503 était commandée par le Commandant Mike Marshall et le navigateur David Birkin (père de la chanteuse Jane Birkin).
Le périple breton du Sergent Fargher dura 13 jours. Il était né le 26 mai 1922. Adolescent il travaillait dans la ferme familiale d'Eyreton à Crosby dans l'Ile de Man. Il s'engagea dans la Royal Air Force le 8 août 1941 à l'âge de 19 ans. Il faut également noter que 27 jours avant son crash à Saint Gildas, le 14 juin 1944, le Sergent Fargher s'était sorti d'une situation qui aurait pu aussi lui coûter la vie. En effet dans les jours qui suivirent le débarquement de Normandie, le 234ème Escadron de la RAF, auquel il appartenait, fut affecté à des missions de surveillance et d'attaque sur le littoral normand et la tête de pont établie par les Alliés depuis le Jour J. Ces missions étaient à haut risque vu l'intensité des combats et la redoutable force anti-aérienne Allemande. Le 14 juin, le Sergent Fargher est en mission au nord de Caen, Calvados. Il est accompagné de deux coéquipiers, partis eux aussi de l'aérodrome de Predannack en Cornouaille Anglaise, le Lieutenant ''Johnny'' Johnston et le lieutenant ''Bill'' Painter (qui trouvera la mort 3 jours plus tard lors d'une mission sur la Normandie le 17 juin 1944). Les 3 Spitfire Mk V seront touchés par des obus de flak et endommagés sérieusement, obligeant les 3 pilotes à un aterrissage forcé sur la piste d'urgence de l'ALS B6, de Coulombs à l'est de Bayeux, piste réalisée peu de temps aprés le débarquement par le génie Britannique.


Le Flight Sergent Fargher Thomas Philip en conversation avec le Chief Marshall Sir Trafford Leigh Mallory sur l'aérodrome de Bazenville
Photo Imperial War Museum, licence achat Image Number CL 129 © IWM CL 129

Suite à cet atterrissage forcé, le Sergent Fargher, légérement blessé au front, rencontrera sur le proche terrain d'aviation de Bazenville, Calvados, le Chief Marshall Sir Trafford Leigh-Mallory qui était venu rencontrer le Général Sir Bernard Montgomery à son poste de commandement opérationnel. Le Sergent Fargher acceptera la proposition du Chief Marshall où ce dernier lui proposera un retour vers l'Angleterre à bord de son Dakota, le 16 juin 1944. Aussitôt il rejoindra le terrain de la RAF Predannack pour de nouvelles missions dont celle sur la Bretagne le 11 juillet, le groupe se verra attribuer les nouveaux modèles de Spitfire, des Mk Vb.

Dfc
Distinguished Flying Cross

Il terminera sa carrière en 1970 au grade de Squadron Leader. A la fin de la guerre, il sera décoré de la Distinguished Flying Cross. Il ne sera titulaire d'aucune revendication aérienne, mais de plusieurs actions sur le terrain (ground targets). Le 21 mai, le 9 juillet, pour la station radar de la Pointe du Raz. Et pour trois missions après son retour au 234 en septembre. Il avait participé, pilotant un avion de chasse, au défilé aérien du Couronnement de la Reine Élisabeth II le 6 février 1952. Il est décédé subitement en 1987 à l'âge de 65 ans.

TEMOIGNAGES

Madame Joséphine Eveillard
Nous habitions le village de "Guerclé" en Saint Gildas, à 7 kilomètres de Quintin, ville la plus proche. En ce mardi 11 juillet 1944, il était un peu plus de midi, après avoir préparé le repas, ma mère et moi nous attendions le retour de mon père parti travailler dans nos champs. Pour patienter, j'avais pris mon violon et avais commencé à en jouer, quand tout à coup, un bruit terrible se fit entendre, un bruit d'avion, inhabituel. Je suis sortie immédiatement dans notre cour, et là j'ai vu l'appareil en détresse. A l'instant même, je décidais de partir vers l'endroit où il était tombé, sur "Le Tertre de Pempoulezy". Ayant parcouru une centaine de mètres, j'aperçus au loin un parachutiste qui venait dans la direction de notre village. Aussitôt, je me suis dirigée vers l'endroit où il devait se poser. Je voulais venir en aide à cet homme. Il atterrit dans le bas de notre grand pré. Je n'étais plus seule, d'autres personnes avaient assisté à la scène et se rendaient aussi sur les lieux. Lorsque je suis arrivée à l'endroit où je l'avais vu se poser, il n'y avait personne. Pas de parachute non plus. J'ai attendu, et peu de temps après, je vis ce grand homme sortir de derrière les fourrés où il s'était caché. Ses vêtements étaient un peu déchirés et il avait quelques égratignures. Il y eut un attroupement autour de lui et je décidais de le conduire dans notre village. Il me dit s'appeler Philippe. Nous avons donc remonté le pré. Ce qui l'inquiéta, il me le fit comprendre, c'est que des jeunes avaient retrouvé le parachute et s'était mis à jouer avec. C'était très risqué pour tout le monde car les Allemands ne devaient pas tarder à le rechercher. Un de ses coéquipiers passa plusieurs fois en avion au dessus du pré, voulant voir sans doute ce qui était arrivé à son camarade.
L'avion s'éloigna et on ne le revit plus. Nous sommes arrivés dans le village où on lui proposa de rentrer dans notre maison. Il refusa, nous faisant comprendre qu'il avait soif et souhaitait boire. Mon père le conduisit dans notre cellier et lui donna un verre de cidre. Le groupe de personnes grandissait autour de lui. J'avais bien conscience des risques que nous prenions tous, ce qui me décida à partir aussitôt avec lui pour l'éloigner au maximum du village et aussi du lieu où était tombé son avion. Je lui fit signe de me suivre, ce qu'il fit sans difficulté. Tous les deux nous avons parcouru la campagne, en rasant les talus, profitant du maximum de protection des fourrés. J'avais l'idée de l'emmener dans un de nos champs, que nous appelions ''le champ de Pondelion'', très éloigné de chez nous. Sur notre parcours, nous étions passés à une bonne distance du Tertre, parfaitement dissimulés. Parfois, nous marchions en nous baissant, pour ne pas nous faire voir. Philippe était très inquiet. Moi personnellement je ne l'ai jamais été. Rendus assez loin de "Guerclé", nous avons décidé de nous cacher dans notre champ dont je viens de parler, une grande parcelle où poussait de l'avoine et là nous avons attendu, couchés à même le sol, sans aucun bruit, pendant un long moment. Soudain nous avons entendu des voix qui venaient d'un champ voisin. Ces voix se sont rapprochées de nous. Je me suis hasardée à regarder discrètement et là, j'ai aperçu deux hommes. J'ai tout de suite compris qu'ils faisaient partie de la Résistance. Je me suis présentée à eux et ai expliqué ma présence en ce lieu. Avec leur accord, je suis allée chercher Philippe. Son regard était rempli d'inquiétude. Il me dit par trois fois ''amis sûrs ! amis sûrs ! amis sûrs !''. A chaque fois, il faisait un geste vif avec sa main, à chaque fois, je lui répondais "oui ! oui ! oui !". L'ayant convaincu, il accepta de me suivre. Aux deux hommes présents, étaient venus s'ajouter deux autres hommes, résistants eux aussi. Je reconnu l'un d'eux, ce qui me mit en confiance et me rassura.
Philippe partit avec ces quatre hommes, non sans avoir pris le temps de m'embrasser et de me remercier. Je les vis s'éloigner. J'avais 17 ans. Les résistants, ayant une longue distance pour rejoindre le maquis le plus proche, prirent la décision de le conduire au presbytère de Saint Bihy où le curé, tout à leur cause, accepta de le cacher dans son grenier pendant plusieurs jours avant que ces hommes ne trouvent un moyen de le faire évader. Plusieurs années après guerre, Philippe revint à Saint Gildas pour nous rencontrer et voir où son avion était tombé. Il voulut aussi revenir à Plouha, à l'Anse Cochat. Ce moment fut rempli d'une intense émotion. Il nous invita à venir le voir chez lui en Angleterre. Voyage que nous avons accompli par la suite. L'avion sans pilote pris feu en vol. Il s'écrasa sur le "Tertre de Pempoulezy" en Saint Gildas.

The raf escaping society josephine eveillard le lay
Diplôme de reconnaissance pour l'acte de bravoure de Mme Eveillard signé de l'Air Chief Marshal Hodges

Monsieur Guillosseau
C'était l'heure de midi. Nous étions à table. Je me souviens qu'il faisait très beau ce jour là. C'était un mardi, jour de marché à Quintin. Soudain nous avons entendu du bruit. Regardant par la fenêtre, nous avons vu un avion en feu. Dans un grand bruit, il s'écrasa sur le "Tertre", dans un champ. Rapidement une colonne d'allemands arriva sur les lieux tandis que l'avion brûlait encore. Une colonne de fumée noire s'élevait haut dans le ciel. Ils organisèrent un périmètre autour de l'épave. Le pilote avait sauté en parachute. Le vent l'avait emporté en direction de Quintin. Deux pièces métalliques provenant de cet avion furent ramenées chez nous dans les jours qui suivirent. Plus tard, par ce moyen, et en les tapant l'une contre l'autre, on appelait ainsi mon père qui travaillait dans les champs. C'était très sonore. Ainsi, on le prévenait qu'il devait rentrer à la maison. Certains soirs, du "Tertre de Pempoulezy" nous pouvions voir les lueurs d'incendie de Lorient. La ville était la cible de bombardements incessants. Des vagues de bombardiers passaient chaque jour dans le ciel de notre commune.


Le Tertre de Pempoulezy , lieu où le Spitifire est tombé

Monsieur André Rault
Je me souviens avoir vu cet avion tomber en feu. C'était en début d'après midi. Je ne peux pas dire le jour. Un bruit attira mon attention. L'avion venait d'assez haut. On voyait des flammes derrière lui. Il tombait verticalement, en vrille. Tout se passa très vite. Il vint s'enfoncer dans un champ sur le "Tertre". Il fit un grand cratère. Il était complétement détruit. Les Allemands arrivèrent très vite par la route de Quintin. Le site fut gardé plusieurs jours par des sentinelles bien armées. Nous devions être très prudent car ces soldats Allemands ne plaisantaient pas. Dans les jours qui suivirent, l'occupant s'affaira à emmener l'épave de l'avion.

Madame Kuero
J'étais jeune, je me souviens de ce pilote qui était tombé dans notre région pendant la guerre. Il était venu chez nous après guerre en visite. Il voulait voir l'endroit où son avion s'était écrasé. Je me souviens qu'il m'avait embrassé en partant. Je ne sais pas qui il était. Il avait écrit une carte après sa visite.

Madame Leroux
Je me souviens de cet avion anglais tombé au "Tertre de Pempoulezy". Certains de nos champs étaient juste au pied du "Tertre" et des sentinelles Allemandes gardaient l'épave les jours suivants. Chaque soir, elles tiraient des coups de feu en l'air pour nous dire de rentrer à la maison car l'heure du couvre feu arrivait. D'où nous étions, on entendait leurs ordres, impératifs.

Remerciements aux témoins pour leur aimable accueil et leur aide dans mes recherches sur les communes de Saint Gildas, Le Vieux Bourg et Saint Bihy. Merci à madame Eveillard Joséphine pour son émouvant témoignage. Monsieur Rault André, Madame Leroux, Madame Kuero, Monsieur Guillosseau, Monsieur Le Hegarat, Monsieur Bouchet.
Remerciements à Keith Janes. Conscript Heroes. GB.
Merci à notre ami Anglais Jonathan Ives pour son aide dans de nombreux dossiers et en particulier celui-ci, où il a contacté le fils du Sergent Fargher, Timothée Fargher,que nous remercions également pour les photos et les informations sur son père.
Merci à Pierre Mahé (ABSA 39-45).

Jean Michel Martin, Daniel Dahiot. Association Bretonne du Souvenir Aérien 39-45 - Décembre 2012

Sources :
The National Archives
 : Operations Record Books du 234 Squadron
Combat Film No 4962. Flight Sergeant Fargher of 234 Squadron on 21/5/1944, flying Spitfire. Target: ground targets.
Combat Film No 7447. Flight Sergeant Fargher of 234 Squadron, 9/7/1944, flying Spitfire. Target: radar station. ADGB.

"Dragon Rampant: The Story of No. 234 Fighter Squadron" by Nigel Walpole (2007-12-08)

 

   

 

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