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9 mars 1945

Supermarine SPITFIRE LF Mk IX (code DL-?)
MJ623

Saint-Lormel "Les Poissonais" (22)

(contributeur : Philippe Dufrasne)


Pilote :
Flying Officer Alfred Augustine Hyde
No 91 squadron raf
No 91 Squadron RAF 'Nigeria'

L'HISTOIRE

Le 9 mars 1945, Saint-Lormel, Côtes d'Armor.

Enigmatique crash aérien d’un Spitfire au village des "Poissonnais". Voilà 7 mois que la Bretagne a accueilli dans une grande liesse ses libérateurs. La vie reprend peu à peu. La LIBERTÉ retrouvée n’empêche pas d’oublier les dures années sous l’oppression allemande. La guerre n’est pas finie hélas, en ce 9 mars 1945. Les combats font toujours rage sur l’Allemagne agonisante, mais qui résiste malgré tout, sachant très bien que les dés sont déjà joués sur l’échiquier de l’histoire. Avec l’évolution favorable du conflit, les Alliés ont réussi à implanter des aérodromes (ALG - Advance Landing Ground. Aérodrome de construction rapide) sur les territoires Belge et Hollandais. En Belgique les Anglais se sont implantés sur l’aérodrome civil de Maldegem situé à l’est de Bruges. Les Allemands et les Italiens ont occupé ce terrain jusqu’en janvier 1945. Les travaux d’aménagement de ce terrain pour une utilisation de la force aérienne Anglaise n’ont pris que peu de temps et il est devenu très vite opérationnel. Cet aérodrome bénéficiait déjà de nombreux bâtiments qui furent immédiatement réoccupés par la Royal air Force puis les Forces Aériennes Canadiennes. En ce vendredi matin 9 mars 1945, sur l’aérodrome ALG B-65-Maldegem, Belgique, une mission nommée Ramrod 1487 se prépare. Ramrod désigne les missions d’accompagnement et de protection des formations de bombardiers lourds.

Les pilotes au briefing on reçu leurs ordres. Ils devront protéger un groupe de bombardiers Lancaster qui ont eux pour mission le bombardement du canal de Dortmund-Ems en Allemagne. Ces Lancaster décollent d’Angleterre en fin de matinée . En milieu de journée, les Spitfire du Squadron 91 s’envolent de Maldegem pour cette Mission. A bord de l’un d’eux, se trouve aux commandes le Flying Officer Hyde Alfred Augustine (Matricule 174 994). Il est né le 12 octobre 1922 à West Ham dans le Surrey, c’est-à-dire la grande banlieue ouest de Londres. Il est âgé de 23 ans. Il appartient au groupe des volontaires de réserve engagés dans la RAF au 91 Squadron "Nigeria". Son avion, le Spitfire LF Mk IX MJ623 (code DL-?) lui a été attribué suite à sa nomination de pilote au sein de ce groupe. La gazette de Londres en date du 26 mai 1944 inscrira sa promotion en ses pages. Pierre Clostermann, le pilote Français le plus titré de la seconde guerre mondiale, parle dans un de ses écrits du no 91 Squadron RAF comme d’un escadron des plus redoutables face à l’ennemi. La mission se passe pour le mieux et le ciel est bien dégagé. En milieu d’après midi tous les groupes regagnent leurs bases respectives. La chasse allemande bien essoufflée n’a pas inquiété les aviateurs alliés. La surprise est grande quand au retour sur Maldegem, un Spitfire est annoncé manquant. Qu’est-il devenu ? Où est t-il ? Plusieurs questions se posent mais nulle réponse n’est apportée. Le Flying Officer Hyde est officiellement porté manquant en soirée. Incompréhensible car aucun pilote n’a reçu d’appel de détresse de leur camarade. Le lendemain matin, toujours aucune nouvelle ne vient éclaircir cette mystérieuse disparition. Ce n’est qu’en soirée que l’on apprendra que le jeune pilote est tombé a bord de son avion dans la région de Rennes en Bretagne comme l’indique le message reçu. Stupeur pour tout le monde, et la même question revient en permanence. Mais que faisait-il dans cette région aussi loin de sa mission ? Une distance de 700 kilomètres sépare Maldegem de Saint-Lormel. On peut évoquer un problème d’orientation mais cela n’est pas à retenir forcément. Si ses appareils de bord n’étaient plus en état de fonctionner, il pouvait très bien se diriger en visuel, la météo étant favorable ce jour (les archives météorologiques de Guernesey pour ce 9 mars 1945 nous indiquent un ciel clair et dégagé, vent de nord, nord-est faible à modéré. Température en journée 12 degrés). Pourquoi n’a t-il pas cherché à se poser sur un aérodrome bien avant son crash ? Le nord de la France était libéré, rien ne s’opposait à un atterrissage. Pourquoi est il allé jusqu’à la panne de carburant ? Toutes ces questions sont restées sans réponse.

 

Champ hyde alfred augustine
Champ où le Spitfire LF Mk IX MJ623 est tombé

Village des "Poissonnais", commune de Saint-Lormel dans les Côtes du Nord à l’époque, en cette fin d’après-midi du 9 mars 1945, l’histoire de cet événement est rapportée car le témoin ayant vécu cet événement est décédé. L’avion anglais est arrivé par l’est, il volait à basse altitude. Le moteur avait des ratés. Il se présenta très bas, en ligne, de manière à se poser dans le sens de la longueur du champ. Le pilote a été surpris car ayant engagé son atterrissage il s’est aperçu que dans le milieu de ce champ, un agriculteur travaillait prés de son attelage hippomobile. Il remit les gaz difficilement car le moteur avait de plus en plus de ratés et il inclina son avion pour revenir se positionner après une courbe serrée. Il réussi malgré tout cette ultime manœuvre. Quelle ne fût pas la frayeur de cet agriculteur quand il vu l’avion revenir vers lui et se poser en glissade dans un fracas d’enfer entre le bâtiment de la ferme et lui-même tout prés de son cheval attelé. Le Spitfire après avoir creusé une longue tranchée, heurta un chêne, le coupant en deux, finissant sa course effrénée dans un talus planté de grands arbres. Très vite les riverains alertés par le bruit s’empressèrent de sortir du cockpit le malheureux pilote qui était grièvement blessé et ayant perdu connaissance. Il fallait faire vite car le risque d’incendie de l’appareil était possible, vu les odeurs d’huile et d’essence qui émanaient autour de la carlingue. L’avion ne s’embrasa pas. Le pilote fut conduit à la ferme proche et très vite une ambulance civile Française vint le chercher pour le conduire à l’hôpital de Dinan. Son état jugé très sérieux, le médecin décida de le diriger vers Rennes ou il fût admis en début de nuit dans un hôpital Américain (4389th US Military hospital ), installé dans cette ville jusqu’à la fin de la guerre (recherche sur cet hôpital non aboutie à ce jour). Il est rapporté par les gens qui l’avait secouru que le Flying officer Hyde était un grand jeune homme brun. L’épave de l’avion resta sur place environ un mois, gardée par des soldats Français. Elle fût démontée et enlevée par la suite. En 1947 la mairie de Saint-Lormel reçu une lettre venant d’Angleterre et écrite par la famille Hyde pour remercier les personnes lui ayant porté secours. Y eut-il une mauvaise interprétation à la traduction de cette lettre car l’annonce de sa mort avait été faite ? Il est vrai que les blessures importantes à la colonne vertébrale ainsi que les multiples traumatismes à la tête pouvaient le laisser penser. Dans la gazette de Londres, déjà citée précédemment, en date du 21 novembre 1945, on pouvait lire la radiation du Flying Officer Hyde Alfred Augustin des rangs des pilotes de la Royal Air Force. Il s’avère que, d’après nos recherches le Flying Officer Alfred Augustin Hyde serait mort à Wandsworth (quartier sud de Londres), au cours de l'année 2004.

 

Jean Michel Martin, ABSA 39-45, le 3 mai 2011.

Remerciements à Monsieur Robert et à Madame Leblanc, Monsieur Barbot.
Remerciements également à Joss Leclercq sur le forum RAF Command.

Biographies : Peter Hall's "No 91 'Nigeria' Squadron, publiée par Osprey.

Hyde alfred augustine

 

Document tracey hyde
Document Tracey, famille Hyde

Suite à nos recherches auprès de Jonathan Ives, il s’avère que ce pilote n’est pas mort en 1947 comme cela avait été annoncé. En effet, sa femme a été retrouvée. Elle était son infirmière lorsqu’il a séjourné à l’hôpital Stoke Mandeville en Angleterre, ceci après avoir été soigné à Rennes pendant un moment. Ce grave accident l’avait paralysé définitivement. Sa femme dit qu’il n’avait aucun souvenir de cet accident. Elle croit savoir qu’il s’est perdu suite à un défaut d’alimentation en oxygène.

Le 14 juin 2011. Monsieur Jonathan Ives, ami Anglais de notre association, a rencontré Madame Bettie Hyde, épouse du Flying Officer Hyde, à son domicile dans la banlieue de Londres. Madame Hyde a expliqué qu’elle était infirmière à l’hôpital de Stoke Mandeville (Comté de Buckingham) depuis 1941 quand Alfred y a été hospitalisé au cours de l‘année 1945. Cet hôpital était spécialisé dans les traumatismes médullaires et réservé à cette époque aux militaires blessés. Ils se sont mariés en 1947 à Eastbourne, importante station balnéaire dans le comté du Sussex. Elle à dit que son mari était décédé en 2004 et que les 57 années ensemble ont été heureuses dans la ville de Morden, située au sud ouest de la capitale Britannique. Elle a raconté qu'Alfred, quand il était pilote dans la Royal Air Force, avait été surnommé ‘’Spike’’ par ses amis pilotes. A l’hôpital il changea de surnom ; en effet, une infirmière Américaine l’appelait toujours ‘’Pete’’. Ce surnom lui resta toute sa vie. Il ne parlait pas beaucoup de sa vie militaire en temps de guerre. Il rapportait juste cette histoire qu’il racontait de temps en temps : au retour d’une mission il se précipita pour boire un verre au mess des officiers de la base. Il venait juste de s’installer au bar quand soudain surgit près de lui son mécanicien qui venait de prendre en charge son Spitfire : "mon lieutenant, vous venez juste de vous poser ! La chance est avec vous car il ne vous restait que 10 litres de carburant dans le réservoir !"

Merci à Jonathan Ives pour son travail de recherche en Angleterre.

Jimmy Tual, ABSA 39-45, le 4 avril 2016.

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